L’âge d’or de l’entreprenariat et la culture de l’échec

Je ne l’avais encore jamais fait mais… quand le contenu est bon. J’ouvre aujourd’hui la possibilité d’articles invités, puisque j’ai la chance d’avoir dans mon entourage des gens particulièrement pertinents sur certains sujets clés, et que les interviews ne répondent pas toujours au mieux à leurs besoins. On se lance ? Aujourd’hui, c’est Mathias Savary de Videotelling, qui vient échanger avec nous.

Il se peut que vous l’ayez remarqué ou non, nous sommes entrés en France dans un âge d’or de l’entreprenariat. Comme nous tolérons que la plupart des médias nous livrent à titre d’ « informations » uniquement des mauvaises nouvelles, on passe parfois (souvent !) à côté des bonnes. Mais c’est bien un âge d’or. Les nombreuses aides à la création d’entreprises, les pépinières qui fleurissent un peu partout (issues de tous les secteurs de l’économie), l’apparition de nouveaux business angels… Voici des signes. Cependant, il repose plus fondamentalement sur le fait qu’aujourd’hui n’importe qui avec une bonne idée, un ordinateur et une connexion internet, peut révolutionner le monde depuis sa chambre au fin fond de la Creuse à condition d’en avoir les compétences (c’est-à-dire d’être un Geek, ce qui n’est pas rien) et d’avoir une culture de l’échec.
Cet âge d’or a plusieurs caractéristiques. Les facteurs essentiels sont, off course, internet et les nouvelles technologies, mais aussi une nouvelle manière d’appréhender les déboires. Comme cette culture de l’échec est – assez paradoxalement – une des raisons du succès de cette nouvelle génération d’entrepreneurs, elle mérite qu’on l’évangélise.

Echec, oui, mais pas échec et mat

« Il n’y a pas un entrepreneur ayant réussi qui ne se trouve dans le fichier des faillites de la Banque de France, » explique Marc Simoncini, auteur du livre Grandeurs et misères des stars du Net. C’est un peu comme s’il s’agissait d’un passage obligé, comme un rituel de transition vers l’âge adulte pour l’entrepreneur. La première entreprise fondée par Bill Gates, « Traf O Data » a fait faillite ; Steve Job a été évincé d’Apple en 1985 (avant de revenir en 1998) et n’a pas trouvé de repreneur lorsqu’il cherchait à revendre Pixar à la fin des années 80. On ne compte plus les capotages de Richard Branson ; bref, le créateur d’entreprise moderne n’est pas ce gars chanceux à qui tout semble réussir.
En tant qu’écrivain, je me heurte souvent au cliché romantique, l’idée très répandu dans la société que l’artiste est ce génie béni des dieux sur qui descend mystérieusement l’inspiration et qui produit instantanément un chef d’œuvre. C’est Victor Hugo et les autres poètes romantiques qui ont créé de toute pièce cette mythologie (qui n’existe d’ailleurs qu’en France). Et bien il existe des mythes comparables au sujet des entrepreneurs, qui seraient des personnes incroyablement douées, qui ont eu la bonne idée au bon moment, et voilà !
L’entrepreneur moderne a une culture de l’échec : ça veut dire 1/ qu’il a échoué, 2/ qu’il s’en est servi, qu’un insuccès n’est jamais un point final, mais, au-delà de ça, 3/ qu’il en a fait une force, et même une ligne de conduite. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, explique : «J’ai eu des échecs qui ont coûté des milliards de dollars chez amazon.com. Mon travail est d’encourager les gens à être audacieux. Or, si l’on fait des paris audacieux, cela conduit à faire des expérimentations (qui) sont par nature souvent vouées à l’échec.» Fany Pechiodat, fondatrice de My Little Paris, expliquait aussi dans le film We love entrepreneurs que lorsqu’un de ses employés n’avaient pas connus d’échecs dans l’année, cela voulait souvent dire qu’il n’avait pas assez pris de risques. L’entrepreneur par nature tente des choses, s’aventure hors de la fameuse « zone de confort ». Je dirai même qu’il a tendance à s’établir là et à y rester.

La maison accepte l’échec

Alors que l’échec dans l’éducation française est sanctionné, que celui qui échoue est réprouvé, que l’on valorise celui qui suit les règles et les consignes, l’entrepreneur prend le contre-pied et instaure comme modèle la prise de risque, la valorisation du fiasco et la sanction du conformisme. C’est aussi une rupture avec la manière dont fonctionne les grands groupes qui encouragent des évolutions dans des cadres fermement établis où l’initiative est rare et les erreurs peuvent coûter chers.
« Il ne faut pas se rater » est en fait typiquement français. Outre-manche, la perception de l’échec est radicalement différente. Là encore, c’est du côté des start-ups de la Silicon Valley qu’il faut trouver l’explication. Certaines recrutent uniquement des gens qui ont échoué dans la création de leur business. Ainsi, les phrases « Qu’avez-vous raté dans votre vie? » et surtout « vous en avez tiré quelle(s) leçon(s)? » sont des questions récurrentes dans les entretiens d’embauche. Mais, à bien y réfléchir, vous en apprendrez beaucoup plus sur quelqu’un avec ces deux questions que lorsque vous lui demandez banalement : « dites-moi quels sont vos points forts et vos points faibles ? »
Récemment, Laszlo Bock, responsable du personnel pour le géant de la tech, Google, révélait aux New York Times qu’il ne recrutait pas les premiers de la classe. Les plus diplômés ne sont pas les plus favorisés. La qualité la plus recherchée est surprenante. « C’est de l’humilité intellectuelle. Sans humilité, vous êtes incapable d’apprendre », estime Laszlo. « Par exemple, lors d’un entretien, plutôt que demander au postulant « combien de balles de tennis s’insèrent dans un court », nous pourrions lui demander quelle a été sa réaction lorsqu’il a eu à gérer un problème particulièrement difficile dans le passé. »

La culture de l’échec est le processus même de la vie

Comment apprend-on ? L’éducation nationale pense que c’est en ingurgitant des connaissances un peu comme on gave des oies. Eh bien, c’est peut-être comme cela qu’on obtient un diplôme. Mais ce n’est pas vraiment comme ça qu’on apprend. Le système scolaire ne fonctionne pas, parce qu’il est totalement éloigné de ce que fait la vie lorsqu’elle étudie quelque chose.
On apprend en essayant une façon de faire, en constatant qu’elle ne marche pas, en essayant à nouveau, différemment, et en apprenant à chaque fois des erreurs commises. Edison, l’inventeur du phonographe, de l’ampoule électrique et de la première caméra de l’histoire, disait : « je n’ai pas échoué, j’ai simplement trouvé 10000 solutions qui ne fonctionnent pas. » Ah oui, le mec a fondé General Electric aussi. Combien de fois avez-vous trébuché avant de réussir à vous tenir sur vos pieds et à marcher ?
Nous devrions opérer un changement d’état d’esprit. Nous devrions finalement nous réjouir à chaque fois que nous échouons. Car cette expérience est riche d’enseignement. Toujours Edison, qui en connaissait long sur le sujet : « Je ne suis pas découragé car tout nouvel échec constitue un pas de plus vers la victoire. » Chaque gamelle, chaque déception amoureuse, chaque revers est une chance. C’est l’occasion de grandir, d’utiliser son intelligence, d’exercer son audace. Je ne pense pas que la vie est une toute petite porcelaine fragile qu’on attrape du bout des doigts. C’est plutôt, comme dirait Shakespeare, quelque chose plein de bruit et de fureur ! Quelque chose dans lequel il faut mener la charge sabre au clair avec toute la cavalerie ! Quelque chose qui s’empoigne à pleine main !

Faisons l’éloge de l’échec, à l’instar de Bill, le fondateur de Microsoft. « Il est bon de célébrer le succès, mais il est plus important de tenir compte des leçons de l’échec ». Néanmoins soulignons deux qualités importantes, parmi d’autres : l’humilité intellectuelle dont parlait Laszlo Bock, qui permet de se remettre en question, d’assimiler de nouvelles informations, de considérer d’autres points de vue que le sien ; et l’audace, cette envie déraisonnable d’y retourner après avoir pris une raclée, le fameux « remets-toi en selle. » Le père de Bruce Wayne en avait fait un motto : « Why do we fall ? So we can learn to pick ourselves up, » Batman begins, Christopher Nolan.

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Et pour aller encore plus loin : LA DURE VIE D’UN CADRE : 3 CONSEILS POUR FACILITER SON MANAGEMENT

Written by Jérémy Kohlmann
Je m'appelle Jérémy, et j'ai créé ce blog aussi bien comme carte de visite que moyen d'expression. Nous traiterons ici de ce que j'aime (le sport, la santé, l'aspiration au mieux-être) mais aussi de ce que je fais (la stratégie digitale, les réseaux sociaux, le Brand Content). Pour plus d'informations, le menu contact est juste au-dessus.