Algocracy, ces algorithmes qui nous dirigent Ft. Thomas Leonetti.

Nous sommes de plus en plus souvent interpellés par les changements d’algorithmes de tout ce que nous utilisons. Facebook, Instagram, Genius, Google, Graph pour ne citer que les plus connus… Seulement prenons-nous simplement le temps de les comprendre, et de savoir où ces derniers nous mènent ? C’est dans cette démarche que j’ai contacté Thomas, spécialiste SEO, mais aussi consciencieux et interpellé par le monde dans lequel nous vivons ; où demain peut-être, les algorithmes dicteront nos choix.

Qu’est-ce qu’un algorithme ?

Un algorithme est une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat. Le mot algorithme vient du mot arabe الخوارزمي, nom du mathématicien du IX e siècle Al-Khwârizmî. Le domaine qui étudie les algorithmes est appelé l’algorithmique.

Merci Wikipedia !

Pour simplifier, un algorithme, c’est un code qui décide qu’en fonction de X variables TRES nombreuses, il doit donner une réponse Y.

Vous les avez peut-être étudié en Maths sous d’autres formes, ceux qui nous intéressent ici sont bien différents.
Une question vient alors. Puisque ces algorithmes qui donnent des réponses pour nous sont présents dans TOUS les outils que nous utilisons en ligne, et que nous leurs donnons de plus en plus de poids ; que se passera t’il ensuite ?

Tout d’abord, revenons rapidement sur la situation actuelle.

Etat des lieux : où en sommes-nous ?

L’algorithme google dit quel site est bon pour vous ou non en fonction des réponses que vous cherchez. Il vous dit quoi apprendre.

L’algorithme Facebook vous dit quel post est plus important – il choisit finalement les amis avec qui vous restez en contact et les informations que vous voyez sur ce réseau.

L’algorithme Instagram dit qui est influent ou non, il choisit les photos que vous regardez.

Bientôt, un algorithme géré par plusieurs médias (tous du même bord politique), dira quelle information est « Trustée » ou ne l’est pas. C’est pour « lutter » contre la fausse information qui plombe les réseaux.

Seulement voilà : qui contrôle les algorithmes ?

Cet en me posant des questions sur tout cela, sans aucun jugement moral ni politique, que j’ai souhaité échanger avec Thomas sur son livre à paraître : Algocracy.

En effet, si les algorithmes ne sont PAS FORCEMENT mauvais, force est de constater qu’ils prennent le contrôle de nos vies.

Plus profondément, pourquoi cet article ?

Plusieurs notions majeures font actuellement écho en moi. Post-vérité, Dissonance cognitive, vérité imposée. Vous retrouvez ces notions au quotidien dans des articles qui mettent en lumière les changements s’opérant au niveau médiatique, mais aussi au niveau politique et surtout Social Media.

En fait, nous catapultons comme vrai, grâce aux réseaux sociaux et aux médias en ligne, ce que nous voulons vrai – pour atténuer ou éteindre ce sentiment de dissonance cognitive, nous imposons une vérité à ceux qui nous entourent.

Les SEO comme Thomas, les communicants du Digital comme moi, mais aussi les journalistes, les blogueurs etc… sont particulièrement sujets à cela, nous y sommes sensibles, nous le vivons au quotidien.

Viens alors une question : Si nous en sommes conscient, en sommes-nous responsables ? Où est la limite de nos « super-pouvoirs » ?

Thomas Leonetti répond à mes questions sur les algorithmes

– Hello Thomas ! Tout d’abord, merci de ton temps et de répondre à ces questions. Comme je l’expliquais plus haut, tu es SEO, très curieux des algorithmes et ton métier te pousse à l’interrogatif. Quel a été le déclencheur de cette prise de conscience pour toi ?

Il n’y a pas vraiment eu de déclencheur très défini, mais simplement une compréhension globale des problématiques qui dépassaient de loin le Référencement Web.
L’avènement de Google comme moteur de recherche mais aussi et surtout comme grand media de breaking news m’a donné envie de creuser ce qu’il y avait derrière tout cela.
Bien sur que mon métier me fait travailler avec les algorithmes tous les jours, mais je me sentais au final bien aveugle devant la tonne de données qui transitaient au sein de Google, et qui nous encerclaient petit à petit

– Tu prépares un livre, qui va s’appeler Algocracy, de quoi va t’il parler dans les grandes lignes ?

Tout à fait. « Algocracy » sera la suite du premier tome, « Google Nation ».
Il traitera de manière didactique de tous les enjeux auxquels nous devons faire face pour essayer de mieux comprendre les algorithmes qui nous entourent.
Pourquoi toutes nos données socio-démographiques sont décortiquées pour faire de nous des femmes et des hommes marchands, à qui la publicité – hier globalisante – se fait individuelle.
Le livre aura une partie fiction d’anticipation également, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment

– Comment effectues-tu tes recherches, pour toute la partie constat de cet ouvrage ?

La plupart de mes recherches se focalisent sur une dizaine de chercheurs, français et américains, qui se sont penchés depuis plusieurs années sur la compréhension des algorithmes.
Je pourrais citer Dominique Cardon, Eli Pariser, ou encore Pierre Collet.
A l’heure des « webographies », je crois qu’il est important de bien sourcer son travail de recherche pour éviter de tomber, pour le coup, sur des articles populaires mais qui n’ont aucune légitimité auprès de la communauté scientifique.

– Pour aller encore plus loin, il y a une idée de conférence pour l’année prochaine ; tu peux déjà nous en dire plus ?

J’ai toujours été fasciné de voir à quelles points les conférences liées au webmarketing pouvaient parfois tourner en rond.
Même si quelques conférences sortent, avec les honneurs, du lot (QueDuWeb, WebCampDay ou Yoodx), on se retrouve très souvent avec les mêmes conférenciers, sur des thématiques redondantes.
J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes et d’inscrire notre métier de référenceur dans une nouvelle dynamique de réflexion avec la [Re]Quest Conf, qui aura lieu en 2018 et qui réunira sociologues, référenceurs, philosophes, linguistes et élus du Parlement Européen autour d’une thématique, que je crois importante : Google, le moi, le nous.

– Je parlais dans l’introduction de Post-vérité, de dissonance, de propulser vrai ce que l’on souhaite. Aujourd’hui les communicants, les SEO etc… en sont capables, penses-tu que demain, ce sont les algorithmes qui dicteront nos choix ; nous laissant croire que ce sont les nôtres ? (NB : Là j’ai très envie de parler d’impératif catégorique de l’algorithme, mais le lecteur va se suicider avec du Yaourt périmé).

Evidemment, je pense que plus le poids des algorithmes se fait important, plus notre capacité à choisir se réduit drastiquement.
Les algorithmes nous donnent du prêt à penser et nous font passer d’un état de connaissance à un état de croyance. « Je pense bonne l’information que j’aime » (ou qui m’est donnée à aimer via sa popularité).
La réelle problématique de l’avènement des algorithmes est l’annihilation complète de l’analyse critique.
Imaginez un monde sans aucune prise de recul ou de conscience du bien, du mal (binaire à souhait) mais également de la nuance, du subtil, de l’éventuel ?
Ce serait impossible à vivre. C’est pourquoi il ne faut pas combattre les algorithmes, ce serait une partie perdue d’avance, mais bien les décortiquer pour en tirer le meilleur et savoir les contrer en cas de position abusive.

– Gabor nous disait que ce qui peut être fait doit l’être en terme de progrès scientifique. Tu crois qu’il faut freiner cette course aux algorithmes et à l’IA ou simplement avoir un meilleur contrôle et être mieux informé sur les dangers ?

Freiner un progrès, c’est à coup sur la porte ouverte pour se faire traiter de conservateur ou de réactionnaire.
Au-delà de vouloir arrêter l’ascension des algorithmes, je pense qu’il y a un devoir de transparence nécessaire.
Les GAFA qui exigent de nous d’être de bons consommateurs ont le devoir de dire ce qu’ils font de toutes nos données.
C’est une vieille utopie, je le concois, mais dans l’analyse des algorithmes que nous devons toutes et tous faire, il y a un point essentiel qu’est la liberté d’accès à l’information.

– De ce que tu vois, et des statistiques que tu lis, les algorithmes et les moteurs de recherche sont-ils un danger pour notre liberté de choix politique ? Les réseaux sociaux et les moteurs pourraient-ils propulser un candidat ?

Assurément. Le fait que Google « truste » ce phénomène de Breaking News en donnant la part belle à la popularité plutôt qu’à la légitimité ou l’autorité d’un article est un problème majeur dans la définition même de la démocratie.
Donald Trump est le candidat non pas des médias mais bien des algorithmes (il n’y a qu’à voir la place faite par l’algorithme de Facebook aux fake news de ses partisans).
Je me répète mais le réel danger des algorithmes est la toute puissance du prêt à penser.
Que l’information soit ascendante ou transversale, cette dernière passe par des « bulles de filtres » qui in fine nous apportent quelque chose d’erroné.
C’est désormais un effort considérable que nous devons faire pour éviter de se faire imposer une idéologie, un candidat, une voix, par les algorithmes

– Veux-tu ajouter quelque chose pour finir ?

Ouvrez l’oeil et le bon !

Et maintenant, on fait quoi ?

Je le disais plus haut, cette interrogation, à travers cet article, vient du fait que j’ai conscience de ce que je peux faire, étant communicant sur le web, et ce que cela pourrait entraîner.

Avec la bonne équipe (Data Analyst, Concepteurs rédacteurs etc…), demain nous pourrions faire enfler la rumeur, dicter un candidat, descendre ou monter une société.

Evidemment, cela existe déjà en interne dans toutes ces castes, cela s’appelle des agences ou des services communications ; mais cela pourrait aller encore plus loin.

Que se passerait-il si des groupes de ce genre maitrisaient VRAIMENT les algorithmes ? Appelons ce groupement un conglomérat à tout hasard, ou parlons de grandes sociétés si vous voulez…

Que se passerait-il vraiment ?

NB : Même si c’est l’impression que vous avez à la fin de cet article, je ne juge pas, je ne condamne pas ici ; je mets simplement en garde, je donne un constat sur une réalité que nous n’avons pas le droit d’ignorer. Ce n’est ensuite pas à moi, et probablement pas à vous seul non plus, de dire ce qui est bien ou mal.

Written by Jérémy Kohlmann
Je m'appelle Jérémy, et j'ai créé ce blog aussi bien comme carte de visite que moyen d'expression. Nous traiterons ici de ce que j'aime (le sport, la santé, l'aspiration au mieux-être) mais aussi de ce que je fais (la stratégie digitale, les réseaux sociaux, le Brand Content). Pour plus d'informations, le menu contact est juste au-dessus.